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L'usine

L’usine (2)

Derrière les usines, un terrain vague accueille de temps à autres des forains. Le samedi soir et le dimanche les ouvriers en profitent. En plein-air, c’est notamment la discothèque des ouvriers. Inscription sur les maillots : Peu importe le reste, l’important est que je sois belle.

l’important est que je sois belle
Fête foraine
Fête foraine

La plus grande partie des habitants de la cité vit à peu de choses près comme dans une prison : seulement des devoirs, travail à l’usine juste derrière la muraille qui encercle nos habitats, sorties très rares faute de moyen de locomotion et d’argent si ce n’est sur le terrain vague d’en face le dimanche soir. Elle visite tout de même sa famille restée au village deux ou trois fois par an. Et elle garde toujours le sourire…

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Les voisins

Les voisins (8)

Pour être plus sûr de ne pas les perdre, on écrit les numéros de téléphone sur les murs. Et pour éviter que la lumière du Soleil pénètre à l’intérieur, on obstrue les fenêtres.

Intérieur d’un studio d’ouvrier.

Un jour, il me fallut visiter une dame de la cité. Trouver son studio fut quelque peu fastidieux et elle était absente. Alors l’idée naïve me vint de sortir mon mobile multifonctions pour prendre en photo le numéro de son studio. Malchance ! c’était juste devant chez le responsable de la sécurité. Il m’interpella :
« Que photographies-tu ?
—  Le numéro du studio, de façon à ne pas l’oublier.
— Il est interdit de prendre des photos et tu n’as pas demandé d’autorisation ! »

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Les voisins

Les voisins (7)

J’ai interrogé cette fille. Abandonnée par son père, elle aide sa mère en vendant des pâtisseries aux habitants de la cité après les classes.

A sa sortie de l’école elle va aider sa mère

La fille aînée de Nhan m’adopta immédiatement. Rien d’étonnant : son père était parti travailler en Thaïlande depuis presque trois mois. Il s’agit d’une réalité que de nombreuses familles dans le besoin connaissent. Lors de l’arrêt sa fille cadette qui savait à peine parler hérita d’un paquet de biscuits apéritifs. Bunnhan lui dit de partager avec un garçonnet assis en face d’elle. Et c’est ainsi que tous petits les enfants des pauvres apprennent à partager. Ceci induit un sens de la propriété différent du sens occidental de la propriété. Pour les Khmers la notion de propriété a un sens plus collectif, moins possessif et individuel.

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L’entretien en langue khmère

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L'usine

L’usine (1)

Le 28 juillet 2014 une usine a pris feu. Cela arrive malheureusement souvent. Les véhicules des sapeurs pompiers furent bloqués à 50 m. de l’usine en flamme par une structure en béton et en métal sensée ralentir la cirulation. L’usine a donc entièrement brûlé. Un employé est décédé. Les ouvriers ont logiquement été licenciés mais tout ce qui leur était dû ne leur a pas été versé.

Usine en feu
Usine en feu
Usine en feu

Une histoire présente un mendiant qui vient d’être battu par des voleurs, qui a perdu son travail parce que son patron a disparu dans un accident de la circulation, dont la maison est partie en fumée suite à un incendie et dont le père est gravement malade. Il aurait été marrant de rajouter le dialogue suivant :
« Heureusement, il me reste mon épouse bien aimée.
— Arrête, ça fait des années qu’elle te trompe avec ton meilleur ami et tu es le seul à ne te rendre compte de rien, abruti ! »
Mais « Ça ne va pas ? Ne rajoute pas cela c’est mal ! » De la même façon un sketch où un personnage se ferait rouler dans la farine par ses propres parents est inconcevable.

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Les voisins

Les voisins (6)

Etant donné ce que sont les conditions de travail, les salaires et la situation politique, de nombreux ouvriers cherchent à travailler à l’étranger comme cette demoiselle en partance pour la Corée du sud. Son frère est venu dans la cité pour lui dire au revoir. Depuis une dizaine d’années la république de Corée recrute en continu des travailleurs cambodgiens.

« Je voudrais qu’un jour le Cambodge connaisse la même prospérité que la [république de] Corée ! » disait une jeune Cambodgienne ayant appris la tragédie de la guerre de Corée puis le redressement du sud. Avant la tourmente, le Cambodge allait vers une meilleure répartition des richesses, vers un modèle de développement économique qui profitait à une frange plus large de la population et entraînait le développement de l’éducation, de la culture, du sport, etc. Aujourd’hui pour rattraper la Corée (où il y a aussi des laissés-pour-compte) il faudrait un changement de mentalité car la prospérité économique est une chose mais la répartition de ses fruits, la justice sociale en est une autre.

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Les voisins

Les voisins (5)

Quelques ouvriers ont des enfants. Comme leur salaire ne leur permet pas de faire garder leur progéniture pendant qu’ils sont à l’usine, ils les confient le plus souvent à leurs parents. Seul un très petit nombre de travailleurs habitant la cité vit avec ses enfants.

Pelleteuse

Les salaires sont extrêmement bas : le minimum garanti équivaut à 160 € par mois soit moins que le minimum vital. Pour cette raison les conditions de vie sont pénibles comme en témoigne Sophéap : « J’ai dû emprunter 20.000 riels [4 €] pour acheter une simple paire de chaussures…» Ainsi l’éditorialiste du Phnom Penh Post Ken SILVERSTEIN a pu écrire : « Les emplois dans l’industrie textile au Cambodge ne sont pas un ascenseur permettant de sortir de la pauvreté. Peu d’entre elles ont l’opportunité d’évoluer dans leur carrière, que ce soit dans l’industrie du vêtement ou à l’extérieur. » A part dans l’infime minorité d’usines qui offrent un service de garderie, ceux qui ont des enfants ne peuvent pas payer de crèche ou de nourrice pour les faire garder et doivent choisir entre enfants et travail. Et puis les Contrats à Durée Déterminée sont de plus en plus nombreux ce qui prive les travailleurs de leurs droits les plus élémentaires.

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Des jeunes en mouvement

Des jeunes en mouvement (1)

La photo qui m’attira les foudres du propriétaire autoritaire de la cité. Cette simple photographie m’aurait valu l’expulsion de la cité sans une intervention divine inattendue. Ces ouvriers étaient des membres de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne.

Autoritarisme

Un dimanche de novembre 2011 eut lieu une rencontre de jeunes travailleurs. A la fin ils se dirent qu’il fallait prendre une photo. Nous sommes sortis juste devant mon studio pour la prendre à l’extérieur puisque la lumière y est meilleure. Mais juste après, un agent de police payé par le patron de l’usine propriétaire de la cité vint me demander : « Disposes-tu de l’autorisation de prendre des photos ? As-tu l’autorisation de réunir des gens chez toi ? »

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La cité

La cité (6)

La grande majorité des habitants va déposer ses ordures ménagères dans la benne prévue à cette effet placée au centre de la cité. Le coût de la collecte est pris en charge par les locataires : moins d’un euro par mois et par studio.

Veuillez utiliser les poubelles

Le quartier très industriel de Chaomchao est situé dans le sud-ouest de Phnom Penh. C’est lui qui, dès 1997, accueillit les premières usines d’habillement du Cambodge. A l’heure actuelle y travaillent certainement des centaines de milliers d’ouvriers, ce qui est considérable à l’échelle du pays. Et sa population augmente sans cesse à mesure que de nouvelles usines ouvrent leurs portes. Les rizières reculent, les buffles s’approchent de moins en moins près. Seules quelques vaches bossues se réjouissent de l’avancée de la ville puisqu’elles y dénichent des ordures à l’odeur alléchante.

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Vide-ordures
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L'installation

L’installation (5)

Un nouveau marché ayant été bâti l’ancien fut converti en logements pour que de nouveaux ouvriers s’installent. Le nombre de studio atteint donc 845, ce qui fait de cette cité ouvrière la plus grande du pays.

Marché converti en logements
Marché converti en logements
Marché converti en logements

Il s’agit donc d’une pratique d’un autre âge. Et pourtant on a bien vu dans notre cité la police placer à la vue de tous une jeune femme accusée de vol puis lui faire faire le tour du marché avec tintamarre et carton noué autour du cou sur lequel on pouvait lire « ចោរ » [cao:], c’est à dire voleuse, en dessous de son nom.

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L'installation

L’installation (4)

Installation du nouveau marché de la cité. Un parc industriel qui accueille des logements pour ouvriers doit nécessairement fournir également l’accès à un marché.

Nouveau marché
Nouveau marché
Nouveau marché
Nouveau marché

Pourtant cette cité bâtie de plain pied d’à minima quatre mille personnes dispose d’un gardien à chacune des trois portes qui donnent sur la rue. Deux autres offrent un accès direct à des usines d’habillement. Et enfin les deux dernières portes ouvrent directement sur le marché. Le propriétaire n’est autre que celui de l’usine de métallurgie de transformation adjacente dont le personnel assura lui-même la construction des studios grâce aux matériaux produits en interne : poutres métalliques, tôle, portes, volets, grilles, escaliers.

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Construction du nouveau marché
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Les voisins

Les voisins (4)

La cité est régulièrement inondée durant la mousson. Les studios sont construits de plain pied et régulièrement en saison des pluies nous sommes inondés parce que les canalisations sont obstruées par les ordures. Cependant les voisins gardent le sourire.

Pendant la mousson nous sommes inondés de plusieurs centimètres cinq ou six fois durant quelques heures. Dans ces cas-là le bon esprit de mes voisins m’étonne toujours. Loin de se plaindre, surtout qu’ils sont presque une dizaine de personnes dans les logements contigus au mien, ils rient de la situation en déménageant toutes leurs affaires en haut.

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Inondation
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La cité

La cité (5)

Quand c’est la saison, quelques vendeurs à bicyclette proposent du jus de palmier à sucre frais (doux) et fermenté (acide) au gobelet.

Vendeur de jus de palme
Vendeur de jus de palme

La cause du taux si élevé d’alcoolisme au Cambodge trouve sans doute ses origines dans les rapports interpersonnels. Généralement il est mal considéré de sortir de chez soi sans son masque, de trop montrer ses émotions, ses désirs… Du coup l’alcool devient un exutoire, une soupape de sécurité ; en fait, un moyen de se sentir au-dessus de règles du jeu social jugées oppressantes, un moyen donc de se croire libéré, un moyen de se croire être soi-même, un moyen de substitution face à son manque de courage, un moyen de fuir la réalité évidemment, un moyen de se fuir soi-même. « Ne bois-tu pas ? Mais comment peux-tu t’amuser ? »

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