Yann DEFOND est un immigré français vivant à Phnom Penh depuis 20 ans. […] Il a choisi de partager la vie de la population ouvrière de l’habillement au Cambodge. De formation artistique, il exerce des activités d'artiste, de journaliste et d'interprète.
Il y avait donc un plan simple mais il n’était marqué par aucune division dans le texte. Asie mission le publia en dégageant des chapitres. De fait, l’organisation en trois parties, voir, juger et agir, était artificielle. Elle ne faisait pas réellement sens car certains passages intégraient en eux-mêmes ces trois éléments. J’ai donc chamboulé une seconde fois mon manuscrit en opérant des regroupements par thèmes. Certains reprenaient d’ailleurs le découpage d’Asie mission.
Le studio grain de sel
Concrètement dans ma cité ouvrière cela signifie passer du temps ensemble. Cette gratuité est importante, être attentif aux autres, suivre les évolutions de chacun, écouter, encourager, valoriser, soulager ; bref, partager les joies et les tristesses, relire ces relations et les porter dans la prière, les offrir à Dieu n’est pas un métier, travailler à son compte comme artiste n’a rien à voir. Il s’agit plutôt d’une vie, car l’enjeu est plus de l’ordre de l’être que du faire. Chaque personne est unique et ma proximité avec les autres habitants du parc industriel varie en fonction de chacun. Beaucoup m’invitent dans leur village d’origine pour des mariages ou fêtes diverses, pour des célébrations bouddhiques. Inversement ce sont parfois les familles de la campagne qui viennent visiter les citadins, alors nous échangeons des nouvelles. Des amitiés réciproques naissent. Le lien se construit notamment en montrant à l’autre qu’il a du prix, qu’il est important, alors que tout autour de lui, à l’usine, dans la ville, porte à penser le contraire. Lui montrer très concrètement qu’il compte est sans doute le principal dans cette option radicale des chrétiens qui vivent parmi les petits. Celui qui croit en sa dignité gagne en assurance en lui, prend sa vie en main, se met debout, devient responsable, s’épanouit, se libère. Se consacrer à cette tâche est fort exigeant car oblige à prendre en compte ses voisins dans chaque geste, bien au-delà du seul relationnel : propreté et occupation de l’espace autour de chez soi, activité et bruit en fonction des horaires de chacun, etc. Et puis cela oblige également à faire preuve d’indulgence envers ceux qui ne font pas ce choix car on s’écarte soi-même parfois de sa propre règle. En somme mes voisins œuvrent à ma conversion. Mon habitude était de balayer mon studio de l’arrière vers l’avant jusqu’à ce que Sophéap me fasse remarquer qu’à cause du vent la poussière se retrouvait chez les autres. Ce jour-là elle me fit comprendre que dans l’intérêt de tous il valait mieux passer le balai en commençant par l’avant, puisque derrière nos habitations une rigole est disposée à accueillir les balayures. Il en va ainsi du témoignage en actes. Il est l’adoption d’une façon de penser, d’une façon d’être évangélisées.
L’an dernier au sommet des monts Koulèn j’ai fait la connaissance d’un ermite. Conformément à son vœu et en référence à la tradition orientale il ne se coupe plus les cheveux, ne se rase plus en signe de consécration. Pour manifester son détachement de la matérialité il porte une toge mais blanche pour ne pas être confondu avec un bonze car il ne vit pas en communauté. Il porte autour du cou un chapelet bouddhique pour montrer ce qui est au centre de sa vie : la prière.
En fait il a été moine dans un monastère. Mais il est très indépendant. Il ne supportait pas les diverses règles et la vie de groupe. Il était très responsable et suffisamment exigeant envers lui-même. Il préférait suivre les pas de l’Eveillé en se fixant sa propre règle pour lui, sans rien imposer à personne. Il m’a rappelé quelqu’un : moi-même. Je suis incapable de vivre avec une autre personne et la vie au séminaire fut pour moi une véritable épreuve, formatrice certes, utile certes, mais pénible.
Les soucis matériels évacués, il consacrait donc sa vie à son maître dans la méditation. Des fois je me dis que le travail, la nécessité, les engagements collectifs sont des occasions de fauter, sont des attachements qui freinent ma conversion, sont des amarres qui m’empêchent de partir au large. Confiné je découvre que je prends goût à limiter les rencontres, à ne plus m’obligé à visiter telle ou telle ouvrière, à ne plus rien attendre des autres, à n’être missionnaire que pour moi-même. Pourtant, n’a-t-on pas plus de mérite à devenir saint dans le monde qu’hors du monde ? « Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. » (Jean 17, 16).
Un missionnaire devenu évêque disait de moi que j’étais un contemplatif dans le monde. Je me verrais bien vivre loin de tout, loin des autres, en haut de ma montagne dans le détachement matériel et la contemplation. J’aime tellement la solitude. Mais je ne le ferai pas. Mon engagement auprès des ouvriers est indéfectible. Aussi grâce à l’action catholique j’ai appris à être apôtre. Et puis même si je ne réprouve pas totalement le fait de vivre de la générosité des autres d’un point de vue moral, mon éthique personnelle me l’interdit. Je dois travailler pour gagner ma subsistance. Enfin, même si j’en tirerais beaucoup de satisfaction, je ne suis pas sûr qu’il serait bon pour moi de céder à mon penchant solitaire.
Finalement le manuscrit a donc pris forme avec trois éléments : des faits et événements, des réflexions et analyses, des notices autobiographiques. Tout était écrit sans division en chapitres. Un plan en trois parties se détachait de façon peu distincte : voir, juger, agir. En 2014 ce texte sans titre intéressa le site internet, désormais disparu, Asie Mission.
Studio ouvrier
Un dimanche d’octobre, Samnang qui, en attendant de trouver du travail, était hébergé chez moi quelques jours, m’a rappelé que c’était la semaine missionnaire mondiale par ce qu’il allait me proposer ! Il avait organisé une rencontre amicale avec des fruits à partager dans le seul but qu’un groupe de filles de sa commune et moi fissions mieux connaissance. Par son intermédiaire nous nous connaissions déjà un tout petit peu puisqu’elles vivaient aussi dans la cité.
Et en particulier à ceux qui vivent à Phnom Penh et Ta Khmao en zone rouge et dont les usines sont fermées.
Défilé du 1/5/2011, Phnom Penh, esplanade du palais royal
On nous parle de développement, en réalité de hausse du PIB. Certains en profitent mais qui pense à ceux qui, pour son augmentation, y laissent jour après jour un peu de leur santé ou de leur vie sociale sans voir vraiment leur labeur récompensé ? Entendre Chanty déplorer « Quand mon fils est malade je n’ai pas l’argent pour le faire soigner alors je suis obligée de m’endetter » alors qu’elle bénéficie d’un emploi à temps plein, est-ce bien normal ?
Ces notices autobiographiques modifiaient tout car, même s’il s’agissait de mon regard, mon histoire personnelle n’était pas une composante du texte. Alors j’ai finalement trouvé une solution. Je me suis interdit d’utiliser les pronoms de la première personne du singulier pour moi. Cependant cela m’obligeait à choisir des tournures alambiquées. Je me suis donc fixé pour règle de simplement éviter le « je » pour moi-même.
Pause déjeuner
En rentrant de la station de radio après mon émission hebdomadaire (2010 – 2013) une nuit à 23 heures passées, le bruyant moteur de mon deux-roues japonais réveilla des ouvriers du bâtiment qui dormaient sur leur chantier, dans notre cité à même le sol sans couverture ni moustiquaire. Comment être aussi pauvre tout en ayant un emploi ? Le lendemain matin à l’heure du petit-déjeuner ils étaient déjà à l’œuvre. Plus tard au déjeuner ils me dirent : « Les moustiques nous dévorent la nuit. » Mais malgré la proposition faite aucun n’osa dormir chez moi… Le décalage est trop grand. La pauvreté évangélique ne m’habite pas encore assez pour que tous les pauvres se sentent à l’aise en ma présence. Ils osent moins venir chez moi que m’inviter chez eux.
J’ai tourné ce clip parodique dans le plus grand quartier ouvrier de Phnom Penh, la capitale du Cambodge, pour montrer quelque chose de la vie de ceux à qui le pays doit sa croissance économique.
Arabpiyan
Nous nous retrouvons, tristes, abattus. Je suis blasé, je ne veux pas embaucher. Je ne tiens pas à travailler jusqu’à tard dans la nuit. Le lundi est le jour que je déteste le plus.
Paroles traduites du khmer
Pareillement les paroles des chansons anciennes sont presque intouchables. Mieux vaut ne pas s’amuser à les transformer pour les essayer devant les caméras : Arabpiya qui devient ArabpiYann. Cela évitera au producteur de l’émission de tomber à la renverse.
Dès le début de l’expansion de l’épidémie, le Cambodge s’est retrouvé avec un cas de contamination au coronavirus, un Chinois de Sihanoukville. Heureusement il n’a contaminé personne officiellement et a guéri. L’économie du royaume est fortement dépendante de l’industrie textile (tissage, habillement, confection des chaussures et des sacs) qui représente plus de 70% de ses exportations. Or les usines de ce secteur sont majoritairement chinoises. Ainsi un certain nombre s’est retrouvé en rupture de stock de matière première car le tissu venait de Chine, pays où la production industrielle tournait au ralenti à cause de la crise sanitaire. Alors des centaines de milliers d’ouvriers se sont retrouvés au chômage technique sur une période de deux mois mais pour des durées courtes. La loi du travail mentionne que dans ce cas de figure l’employeur doit verser aux salariés concernés la moitié de leur salaire de base qui la plupart du temps correspond au salaire mensuel minimum prévu par la convention collective du secteur textile qui équivaut lui-même à 175 €.
De façon précoce des mesures très strictes avaient été prises dans les usines pour éviter tout cas de contamination : distribution de masques (en langue khmère on dit également masque, il s’agit d’un emprunt au Français) de chirurgien ou masques en tissu, lavage systématique des mains, contrôle de la température corporelle.
Malgré tout quelques nouveaux cas sont apparus dans le pays et des restrictions ont progressivement été adoptées : mesures de mise en quarantaine, fermeture partielle des frontières avec le Vietnam et la Thaïlande, nouvelles conditions à remplir pour entrer sur le territoire cambodgien, arrêt des divers championnats sportifs, fermeture de plusieurs catégories de lieux de loisir, mise en place du télétravail pour certains fonctionnaires, interdiction des rassemblements religieux, fermeture des écoles, des internats, des pensionnats, des restaurants de soirée, arrêt des transports en commun dans la capitale, fermeture des casinos, des salons de massage et apparentés, des salles de sport, etc. Et bien entendu ces décisions n’empêchaient nullement les initiatives privées variées, certains citadins se sont confinés d’eux-même. En peu de temps des secteurs économiques entiers comme le tourisme, l’éducation, l’industrie du spectacle ont été dévastés.
Pourtant depuis la mi-mars le nombre de cas de coronavirus augmente presque quotidiennement. A ce jour (16/4/20) le Cambodge recense 122 cas mais aucun décès. L’épidémie est donc contenue, certainement grâce à la coopération chinoise. Cependant un immense danger pointait : l’entrée dans la période du nouvel an du calendrier bouddhique théravada, la fête la plus populaire du pays où traditionnellement durant une semaine la population retourne dans son village natal ce qui représente le déplacement et le brassage de millions de personnes.
Dilemme pour le premier ministre, le général HUN Sèn au pouvoir depuis 35 ans : s’il avait interdit tout déplacement il aurait fait face à l’incompréhension et au mécontentement de notamment plusieurs centaines de milliers d’ouvriers du textile privés d’une des rares occasions d’aller voir leur famille ; s’il n’avait rien fait il aurait risqué de voir le coronavirus se propager amplement.
Pour préparer le terrain une loi a donc été adoptée en urgence par l’assemblé nationale dont tous les députés sont membres du parti. Cette loi d’exception prévoyait un état d’urgence avec des pouvoirs supplémentaires accordés à l’exécutif. L’état d’urgence a ainsi été proclamé. Sa première victime ne fut pas le coronavirus mais un média indépendant désormais fermé. Les festivités du nouvel an avaient été préalablement annulées. Puis une semaine avant le passage à l’année 2563 le gouvernement a supprimé les 4 jours fériés prévus en promettant de les remplacer par 5 jours ultérieurement. Les ouvriers des villes, qui sont largement les plus nombreux, n’avaient donc plus de raison de retourner à la campagne. Mais régnait une certaine incompréhension tellement cette situation était inédite. Dans une usine les travailleurs se sont mis spontanément en grève pour protester contre la suppression de leur semaine de congé.
Malheureusement les marques qui commandent le plus aux usines d’habillement du Cambodge sont européennes et états-uniennes. Or à cause de la situation économique en occident les commandes ont considérablement diminué. C’est pourquoi plus de 90 usines sur moins de 600 ont commencé à mettre leurs ouvriers au chômage technique jusqu’à nouvel ordre. Le syndicat patronal a déclaré que ces usines ne disposaient pas d’une trésorerie suffisante pour payer la moitié de leur salaire aux ouvriers pendant un, deux ou trois mois, période durant laquelle elles n’envisageaient pas d’embelli. Cette information n’est pas vérifiable étant donné le manque de transparence dans la gestion des entreprises. Ainsi des milliers et des milliers d’ouvriers sans travail se sont mis à retourner chez leurs parents.
Là dessus, le 9 avril à 17h le gouvernement a réagi précipitamment en promulguant un décret interdisant tout déplacement d’un district à un autre jusqu’au 16 avec entrée en vigueur sept heures plus tard ! Cela a engendré des situations ubuesques telles que le lendemain à midi, le décret a été assoupli. Seuls les déplacements d’une province à une autre étaient désormais interdits sauf pour aller travailler à l’usine. Mais malgré cela beaucoup restaient incrédules et tentaient tout de même de circuler, ce qui a provoqué des bouchons aux limites territoriales des provinces. Alors la police a lâché du leste.
Aujourd’hui-même (16/4/20) le propriétaire de la citée ouvrière que j’habite en a fermé les issus pour procéder à un contrôle systématique de la température des entrants. Car demain (17/4/20) les restrictions de déplacement prendront fin…
Peur, insouciance ; précipitation, lenteur ; adaptation, incrédulité, sont autant de contradictions que l’on retrouve plus ou moins dans tous les pays qui font face à la pandémie de coronavirus. Peu de peuples ou de gouvernements étaient préparés à cette crise totalement exceptionnelle. Et personne ne peut dire comment elle évoluera dans le Royaume du Cambodge.
« Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. Il leur dit : “ Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations “ » (Luc 24, texte d’évangile du 16/4/20). Confrontés à des événements inattendus qui bouleversent nos illusions nous perdons espoir. Nous interprétons ces événements sans saisir leur portée parce que nous manquons de hauteur. « Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » (Luc 24, texte d’évangile du 15/4/20).
La catastrophe sanitaire est jusque là écartée mais le Cambodge se dirige vers une catastrophe sociale où des centaines de milliers d’ouvriers se retrouveront sans emploi. Ainsi le mieux à notre niveau est certainement de vivre l’espérance en prière et en action par des gestes concrets de compassion et de solidarité entre nous qui nous rendront plus humains.
2563 est d’ors et déjà l’année la plus longue jamais connue et nul ne sait quand elle s’achèvera…
* Selon le mythe, sept anges se succèdent à tour de rôle au service de la bénédiction de la nouvelle année.
Yann DEFOND, journaliste, membre de la mission ouvrière du vicariat apostolique de Phnom Penh
Pour organiser le manuscrit, j’ai classé les paragraphes selon un plan « voir, juger, agir ». La personne qui m’accompagnait dans l’écriture m’a alors suggéré d’ajouter des notices biographiques de façon à ce que les lecteurs comprennent mieux mon point de vue. J’étais bien embêté car cela modifiait l’orientation de départ du texte…
Cette photo pourrait être celle de la couverture
Un après-midi de début 2005 un des apprentis d’un foyer de Caritas avec lesquels nous lancions la révision de vie (méthode de réflexion sur sa vie autour d’un texte d’évangile) vint me voir là où on m’employait comme coopérant : au Centre Culturel Catholique Cambodgien. Il voulait me dire au revoir avant de partir travailler chez le voisin siamois avec un visa touristique de trois mois… Il a bien fait puisqu’il est reparti avec un nouveau testament de poche. Très vite après le terme de son voyage sa mère n’eut plus de nouvelles. Une demi-année plus tard, comme on dit en Khmer, il refit surface à Phnom Penh. Mais il était devenu difficile d’avoir une conversation avec lui… Et mon temps était venu, il me fallait retourner en France. A mon retour près de quatre ans après, sa mère me mena dans un centre de désintoxication où il séjournait depuis plusieurs années sans véritable suivi semblait-il. Le fait qu’un gardien ferme à clé le bâtiment où il faisait la sieste avec ses camarades, le barbelé tout en haut les murs d’enceinte, faisait plus penser à une prison qu’à un centre de désintoxication.
Les 10 ans, jour pour jour, de mon arrivée au Cambodge fêtés avec de jeunes travailleurs dans le studio jaune de la cité aux toits bleus.
10 ans au Cambodge
Dix ans après son approbation jour pour jour, lors de la fête organisée pour marquer cet anniversaire, une voisine me fit une révélation. « Quand tu es arrivé, la police m’a demandé de collecter un maximum d’informations sur toi parce qu’elle te soupçonnait d’être un trafiquant de drogue. » Elle aurait évidemment été moins coopérative si la police lui avait expliqué qu’elle soupçonnait le locataire du studio adjacent au sien d’être un ami des ouvriers. Ainsi les premiers mois on me suivait, on m’espionnait, on enquêtait sur moi.
La Jeunesse Ouvrière Chrétienne lança un concours de dessin. Le dessin gagnant est intitulé Travailleurs ensemble. Il représente un ouvrier et une ouvrière avec derrière eux une employée et un professionnel du secteur médical. Ils sont surmontés par un portique de style khmer et l’universalité est symbolisée par le globe terrestre.
Travailleurs ensemble
Les salaires sont extrêmement bas : le minimum garanti équivaut à 160 € par mois soit moins que le minimum vital. Pour cette raison les conditions de vie sont pénibles comme en témoigne Sophéap : « J’ai dû emprunter 20.000 riels [4 €] pour acheter une simple paire de chaussures…» Ainsi l’éditorialiste du Phnom Penh Post Ken Silverstein a pu écrire : « Les emplois dans l’industrie textile au Cambodge ne sont pas un ascenseur permettant de sortir de la pauvreté. Peu d’entre elles ont l’opportunité d’évoluer dans leur carrière, que ce soit dans l’industrie du vêtement ou à l’extérieur. » A part dans l’infime minorité d’usines qui offrent un service de garderie, ceux qui ont des enfants ne peuvent pas payer de crèche ou de nourrice pour les faire garder et doivent choisir entre enfants et travail. Et puis les Contrats à Durée Déterminée sont de plus en plus nombreux ce qui prive les travailleurs de leurs droits les plus élémentaires.
La visite de la coordinatrice des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes de la zone Asie, la Coréenne Séraphine, est l’occasion d’échanges et partages uniques pour les membres du mouvement et les voisines de la cité.
Visite CIJOCVisite CIJOC
Alors que mes voisines peuvent tout juste espérer gagner l’équivalent de 200 € par mois avec toutes les primes et le maximum d’heures supplémentaires, mon élève de Français dont la mère est vice-gouverneur de la banque du Cambodge et le père conseiller du gouvernement se plaignait de ne pas avoir plus de 90 € d’argent de poche par mois ce qui était déjà largement au delà du salaire minimum conventionnel dans l’habillement à l’époque.
Des sœurs salésiennes envoient leurs élèves donner des cours d’alphabétisation à des ouvrières de la cité la moitié de l’année les dimanches.
AlphabétisationAlphabétisation
A l’office personne ne trouve la clé du ក-47 (le ក [kɒ:] est la première lettre de l’alphabet khmer et désigne ici l’allée). Par chance les volets sont restés ouverts alors avec Sophéap et son amie ouvrière d’une usine d’habillement comme elle, nous regardons à l’intérieur. Quoi qu’il en soit toutes les habitations de la cité sont identiques. La saleté imprègne les murs. Qu’à cela ne tienne, mon père était peintre en bâtiment alors, refaire toute la peinture ne m’effraie guère. « Dès que vous paierez la caution nous retrouverons les clés. »