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Retour sur la guerre entre les royaumes khmer et thaï

Article trouvé dans la revue MEP numéro 621 de janvier 2026.
Photo : la belle et la bête, les deux visages de la Thaïlande (aéroport de Bangkok)

L’événement le plus marquant survenu en 2025 est bien évidemment la guerre d’une semaine qui a vu s’opposer Cambodge et Thaïlande. Un accord de paix avait été conclu mais son application laborieuse a finalement débouché sur une reprise des combats le dimanche 7 décembre. Cet affrontement est toujours en cours à l’heure où nous rédigeons cet article.

Des heurts d’une violence inattendue

Une escarmouche entre patrouilles a entrainé la mort d’un soldat cambodgien en mai 2025. Depuis le mois suivant, la frontière terrestre est fermée. La montée progressive de la tension a débouché sur des combats acharnés entre les deux belligérants du 24 au 28 juillet. De l’artillerie lourde, notamment des bombes à sous-munitions, fut déployée ; des blindés lourds et des avions de chasse F16 côté thaïlandais, des batteries d’obus BM21 côté cambodgien. Si l’on s’en tient à la période susmentionnée, 21 morts sont à déplorer en Thaïlande, 13 au Cambodge. De part et d’autre de la frontière les victimes sont majoritairement des civils. Les blessés sont difficiles à dénombrer. Les autorités respectives estimaient le nombre de déplacés à 138 000 côté Siam, 80 000 côté pays khmer. Depuis Phnom Penh, le ministère du travail chiffre à 920 000 le nombre de ses compatriotes travailleurs migrants revenus de Thaïlande en quelques jours. L’emblématique temple angkorien de Preah Vihéar, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO a subit un bombardement volontaire. Les démineurs cambodgiens ont relevé 142 impacts, dont 22 jugés graves, provenant de roquettes de 155 et 125 mm, de bombes à sous-munitions et de tirs de drones.* Ces dégâts sur des pierres posées au XIᵉ siècle sont irréversibles, en particulier sur les sculptures et bas-reliefs. Une partie du territoire national a été brièvement occupée. Les écoles ont fermé. Le secteur du tourisme souffre tout particulièrement dans les provinces frontalières et même au-delà. En 2025, Angkor a reçu moins de visiteurs étrangers qu’en 2024. Le directeur d’une galerie d’art de la ville de Siem Réap nous confie : « La saison touristique est censée avoir commencé mais devant la quasi-absence de visiteurs, j’ai décidé de fermer mon établissement. » Les pertes économiques sont transfrontalières. Plusieurs enseignes thaïlandaises fortement implantées au Cambodge ont dû plier bagage. Les petites entreprises ancrées localement résistent. Le propriétaire thaïlandais d’un restaurant thaï de Phnom Penh témoigne : « Depuis le début de la guerre, mes compatriotes préfèrent se faire livrer plutôt que de consommer sur place. » Il semble néanmoins plus dangereux d’être Cambodgien en terre siamoise que l’inverse. Au commencement des hostilités, des agressions xénophobes ont été signalées.

Le cessez-le-feu n’a point tenu. Des tirs d’armes légères et lourdes retentissaient épisodiquement. Plusieurs fantassins thaïlandais ont piétiné des mines à la frontière sans que l’on sache si leur pose était ancienne ou récente. Après quatre mois donc les hostilités ont repris. Les répercutions de la deuxième phase de cette guerre paraissent aussi graves que celles de la première. Le nombre de déplacés est encore plus élevé. Le temple hindouiste de Ta Krabey datant du XIe siècle a été détruit à coup d’obus de char d’assaut. Une Cambodgienne de la zone frontalière raconte comment elle a fuit de nuit : « La première fois, nous ne pensions pas que l’attaque allait durer alors nous ne sommes pas partis immédiatement. Malheureusement quand j’ai pris la décision de nous réfugier à Siem Réap avec mon mari et nos deux enfants, plus aucun véhicule n’était disponible. Alors nous avons pris notre motocyclette et seulement quelque nourriture et habits. Cette fois-ci, le casino dans lequel je travaillais a été bombardé. Le gardien a été tué ainsi que des Chinois. Lorsque j’ai entendu l’explosion, j’ai dit à mon mari que nous devions immédiatement quitter notre province. Quand nous sommes arrivés au monastère qui nous accueille provisoirement, j’ai appris qu’un autocar avait subi l’attaque nocturne meurtrière d’un drone sur la route que nous avions empruntée. »

Des raisons obscures

Force est de constater qu’en 700 ans de voisinage, jamais les deux pays n’ont su tisser de relations harmonieuses à moyen terme. Les Siamois avaient pourtant adopté la culture khmère ambiante à l’époque d’Angkor. La montée historique de l’opposition coïncida avec la fondation du royaume de Siam en 1351 et le déclin de l’Empire. L’armée siamoise mis à sac la capitale impériale en 1431. Elle fut définitivement abandonnée par les Khmers. L’influence grandissante du royaume voisin se traduisit au fil des siècles par des pertes territoriales. À l’aube de la colonisation, on peut même considérer que le Cambodge était devenu un vassal du Siam. Pourtant en 1907, la puissance protectrice des pays d’Indochine arracha le traité franco-siamois qui précise le tracé actuel de la frontière. Ainsi le pays khmer récupéra six provinces du Nord-Ouest. Ce n’est qu’après l’adoption de la dénomination royaume de Thaïlande que les nationalistes dénoncèrent le traité en 1940 à la faveur de la torpeur de la seconde guerre mondiale. La soi-disante contradiction entre les cartes et le texte n’a jamais été reconnue par la communauté internationale. L’incompréhension provient vraisemblablement du décalage entre frontière de démarcation et frontière naturelle. La chaîne du Dangrek sépare la Thaïlande au Nord du Cambodge au Sud. Le tracé frontalier suit la ligne de séparation des eaux : en haut, la Thaïlande ; en bas (pentes et plaine), le Cambodge. Mais quatre temples angkoriens surplombant la falaise furent placés côté khmer. Les logiques politique et géographique ne coïncident donc pas. Or en 1941, la toute nouvelle Thaïlande annexa le tiers ouest du pays khmer jusqu’à la défaite japonaise. En juin 1979, l’armée thaïlandaise expulsa des dizaines de milliers de réfugiés cambodgiens fuyant les Khmers rouges et l’occupant vietnamien. Leur passage forcé par les champs de mines entraina la mort de milliers d’entre aux. En janvier 2003, des manifestants manipulés par le gouvernement incendièrent l’ambassade de Thaïlande à Phnom Penh. Entre 2008 et 2011, des heurts sporadiques entre les deux armées dans la région de Preah Vihéar suite au classement du temple ont engendré la perte d’au moins plusieurs dizaines de soldats. Notons toutefois qu’entre 2020 et 2024, les dirigeants au pouvoir s’entendirent suffisamment bien pour faire disparaître chez le voisin des opposants politiques respectifs.

Au-delà du contentieux historique, le conflit actuel semble trouver sa source dans la politique thaïlandaise et le gangstérisme cambodgien. Les autorités du pays du sourire reprochent aux dirigeants cambodgiens d’héberger des trafiquants d’êtres humains se livrant aux escroqueries en ligne. Phnom Penh a ainsi fait arrêter près de 3500 escrocs en quelques mois. L’immense majorité d’entre eux sont des étrangers asiatiques, principalement des ressortissants chinois dont un grand nombre d’esclaves. Il est néanmoins hardi d’évaluer la sincérité des puissants dans ces démantèlements. Sur le plan politique interne à la Thaïlande, les militaires ont réussi 13 coups d’Etat de 1932 à 2014. Si jusque là, une bonne partie de la population approuvait un certain retour contraint à l’ordre, il ne semble pas que se soit encore le cas aujourd’hui. À présent, l’armée s’ingénie donc à trouver d’autres voies de contrôle du pouvoir. Même si dans l’escalade progressive de la violence les tords sont partagés, il n’est pas interdit d’imaginer que les gradés militaires thaïlandais voulaient cette guerre, qu’ils l’ont préméditée, qu’ils ont tout mis en œuvre pour qu’elle advienne car l’avantage politique qu’ils en tirent est réel. Avouons qu’ils ont bien été aidés en ce but par la famille Hun au pouvoir à Phnom Penh depuis 1985. Le patriarche a rendu publique une conversation privée compromettante avec la Première ministre thaïlandaise. Cette trahison a entrainé la destitution du chef du gouvernement. L’occasion était trop belle et étant donné l’intensité de la crise frontalière, l’armée a imposé sans peine son successeur, un civil certes mais un civil à sa botte.

Des voies possibles

Il est tentant de comparer les relations khmero-siamoises aux relations entre pays contigus de niveaux de vie différents comme par exemple entre les Comores et la France. Pourtant cosignataire, le pays thaï avec ses plus de 70 millions d’habitants (2024) ne respecte point les accords de paix de Paris sur le Cambodge de 1991 qui prévoyaient le respect de l’intégrité territorial de son voisin de 17 millions d’habitants (2024). En octobre 2025, un accord de paix a été ratifié sous l’égide de la Malaisie qui préside l’association des nations du Sud-Est asiatique. Sa mise en application n’était pas linéaire mais fluctuait au gré de la mauvaise foi des parties : commentaires publiques provocants et jets de pierres sur les soldats adverses à l’actif des Cambodgiens, incursions, poses de fils barbelés, aspersions aériennes de fumées toxiques, diffusion d’aboiements et de cris de fantômes par haut-parleurs à l’actif des Thaïlandais. Ajoutons que les militaires siamois détiennent toujours 18 soldats cambodgiens capturés à la frontière le 29 juillet 2025. Ceux-ci ne sont pas considérés comme détenus de droit commun. Or ils ne peuvent être considérés comme prisonniers de guerre ayant été pris peu après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Il s’agit donc d’otages. Le comité national olympique cambodgien a choisi d’envoyer une délégation réduite au jeux du Sud-Est asiatique organisés à Bangkok avant de la retirer purement et simplement. La mise en œuvre de l’accord est à présent suspendue.

Une réelle proximité culturelle existe entre les deux peuples alors que leurs dirigeants s’opposent radicalement. Notons que l’exact inverse prévaut quant aux relations avec l’autre encombrant voisin, le Vietnam. Il n’est donc pas illusoire d’espérer la construction d’une paix durable. Hélas de part et d’autre les gouvernants se complaisent dans une posture faussement sacrificielle de protecteur de la nation. Qu’il s’agisse de la bannière rayée ou de la bannière à l’effigie du temple d’Angkor Vat, le pouvoir politique est entre les mains de militaires. Côté thaïlandais, une poignée de pacifistes lutte malgré l’hostilité globale de la population vis à vis des khmers. Côté cambodgien, l’opinion publique est inexistante et le sentiment d’être victime innocente est très partagé.

* Rapport recueilli par Brice Pedroletti, envoyé spécial du Monde, en novembre 2025

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De la vocation chrétienne

Il en va de la vocation chrétienne comme de la théorie de l’évolution de C. Darwin. Ce n’est pas le besoin qui crée l’organe mais l’organe qui accomplit sa fonction selon l’environnement. Ainsi, répondre à sa vocation consiste à trouver l’environnement dans lequel ses charismes peuvent au mieux s’épanouir.

En effet cette unité n’est pas de l’ordre du faire ou de l’avoir. Elle est de l’ordre de l’être. Et elle se reçoit. On ne la trouve pas seulement en soi-même. Cette unité est communion solide avec la transcendance.

Extrait du livre
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La vie des ouvrières du textile

Article adapté de mon livre paru dans la Revue MEP, Le Travail N°594 juillet-août 2023

LE PRINCE ET L’ARTISAN DU BOIS

Même s’il exerce en tant que journaliste et comédien, le choix de Yann Defond pour la vie en tant que fils d’ouvrier et chrétien est de partager l’existence des travailleurs qui habitent le plus grand quartier ouvrier du Cambodge en solidarité. Il a d’ailleurs lui-même travaillé en usine, dans l’industrie graphique, en France, son pays natal.

Les Cambodgiens sont très partageurs. Cette vertu est principalement celle des pauvres. Alors qu’avec une ouvrière de l’industrie de l’habillement, Bŭnnhan(1), nous allions ensemble au mariage de sa nièce dans son village de Trâpeăng Kândŏr (étang des rats), nous nous arrêtâmes à la sortie de la capitale Phnum Pénh. C’est presque traditionnel quand on retourne dans son village d’origine, tous les tăksi (du français taxi, taxi-brousse) font une pause devant une de ces immenses boulangeries pâtisseries qui bordent les routes nationales pour permettre à leurs passagers d’y acheter du pain.

La fille aînée de Bŭnnhan m’adopta immédiatement. Rien d’étonnant : son père était parti travailler en Thaïlande depuis presque trois mois. Il s’agit d’une réalité que de nombreuses familles dans le besoin connaissent. Lors de l’arrêt, sa fille cadette, qui savait à peine parler, hérita d’un paquet de biscuits apéritifs. Bŭnnhan lui dit de partager avec un garçonnet assis en face d’elle. Et c’est ainsi que, tous petits, les enfants des pauvres apprennent à partager. Ceci induit un sens de la propriété différent du sens occidental de la propriété. Pour les Khmers, la notion de propriété a un sens plus collectif, moins possessif et individuel. 

Les Européens, eux, peuvent être fiers de leur mentalité marquée par le travail comme nécessité. Ils en recueillent les fruits. Mais cet attribut culturel marque peut-être trop les identités. On se présente toujours en parlant de sa profession. Sans emploi, on se sent dévalorisé, fautif.

À l’inverse la mentalité bouddhique du petit véhicule n’est point marquée par une valeur singulière qui serait conférée à l’effort productif. Si le Christ a travaillé de ses mains, celles du Bouddha, elles, n’ont jamais ne serait-ce qu’effleuré le manche d’un marteau. À une époque où il était encore fréquent de voyager dans une benne de camionnette, nous avons crevé sur la route nationale 5 qui relie Poypêt à Phnum Pénh. Alors que les hommes s’activaient à réparer la roue, un prêtre découvrant le Cambodge me demanda : « Et lui, le bonze qui voyage avec nous, n’aidera-t-il pas ? » Le bouddhisme, à l’opposé du christianisme, appelle à se libérer des contraintes du monde et donc du travail. Les moines obtiennent leur subsistance en la mendiant.

La pensée bouddhique imprègne la mentalité khmère depuis presque mille ans. Par conséquent la culture cambodgienne n’est absolument pas marquée par le goût de l’effort au travail. Même les ouvriers ne sont pas attachés à leur usine. Le labeur n’a aucune valeur particulière. Il est rare de voir des travailleurs fiers de ce que produisent leurs mains, surtout quand ils ne sont pas à leur compte. Un dimanche avant la messe, une dame me confia : « Je cherche un emploi pour mon neveu. Il passe son temps devant la télévision et cela m’embête de le voir s’ennuyer. » Le travail n’aurait-il pour vertu que d’éviter l’oisiveté ?

Bien souvent, les jeunes ouvrières du secteur textile se sacrifient pour leur famille. Elles ne viennent pas travailler pour acquérir une autonomie et faire leur vie. Leurs parents les envoient gagner de quoi faire face aux frais de santé de l’un d’entre eux, aux frais de scolarité d’un cadet, au remboursement d’une dette ou dans le meilleur des cas pour investir dans la petite exploitation agricole. Elles sont des exemples d’abnégation, loin de l’individualisme de la mondialisation, loin du slogan français de la boisson Sprite « N’écoute que toi. »

La limite de ce comportement est que le souci de sa famille, même si au moins il est décentrement de soi, n’est pas encore le souci du bien commun – toujours à développer – auquel l’Occident doit le développement économique et social qui a fait sa force. Peut-être qu’Angkor connaissait également ces progrès parce qu’à cette époque la population avait une mentalité différente.

Les grandes constructions européennes sont dues au moins en partie au souci du bien commun : les prouesses techniques, technologiques, scientifiques ; les grandes infrastructures, le tissu industriel ; l’élaboration des systèmes éducatif, de santé publique ; les réseaux associatifs, caritatifs… Toutes ces réalisations virent le jour sur un terrain qui leur était propice.

La culture judéo-chrétienne valorise le travail. Dans la Genèse, l’œuvre créatrice de Dieu est comparable à un travail (cf. Gn 1). L’achèvement de celui-ci nécessita même un jour de repos (cf. Gn 2, 2-3). Le créateur du monde offre à l’humanité de devenir co-créatrice avec lui par son labeur. Jésus a vraisemblablement travaillé avec Joseph en tant qu’artisan du bois(2) durant de nombreuses années. Durant bien plus longtemps, à coup sûr, qu’il a arpenté les chemins de Palestine pour proclamer l’Evangile.

Gautama Siddhartha, quant à lui, est resté de longues années dans son palais du nord de l’Inde avant de devenir ermite et finalement atteindre l’éveil. Au sens productif du terme, il n’a jamais travaillé de sa vie.

On pourrait en conclure qu’à l’inverse du bouddhisme le judéo-christianisme est à l’origine d’une culture qui valorise le travail. En renversant l’équation, on pourrait plutôt penser que la foi chrétienne trouva un accueil favorable dans des régions où, historiquement, le labeur était mis en avant. Et dans le même sens, le bouddhisme théravada aurait trouvé un accueil favorable dans des régions où c’est la contemplation qui est mise en avant.

Ainsi, les uns seraient plutôt des fourmis, travailleuses mais moins ouvertes à la relation, les autres seraient des cigales, moins travailleuses mais plus ouvertes à l’autre. Comment dès lors une fourmis peut être missionnaire auprès des cigales ? Certainement en se convertissant elle-même, en prenant un soin particulier à tisser des relations, à l’image des cicadidés. Et puis en annonçant le salut de Dieu par la transmission de son goût pour l’effort, pour le don de soi aux autres.

(1)  Le système de romanisation adopté dans cet article est celui du groupe d’experts des Nations unies pour les noms géographiques, version 2.2, de janvier 2003.

(2)  Cf. Marc 6, 3. Traduction personnelle.

Texte originel de l’article
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N’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est simple.

(Romains 12, 16)

Une courte vidéo sur moi-même tournée à mon insu et montée d’une manière très orientée a fait plus d’un million de vues sur le réseau social TikTok. Elle déplore que je sois passé de la lumière des projecteurs à la noirceur de la misère.

https://www.tiktok.com/@skykhmer09/video/7265215266097827073?_r=1&_t=8ehIAAAjBcl&fbclid=IwAR22PpBOmr_4Z87_JDsnKZO5SvcCHbMp-crHJokVP6jJRE7WJxfcjae-EBY
Vidéo tournée à mon insu

Les commentateurs s’étonnaient de la façon dont j’étais habillé. Mais en Asie du Sud-Est, quand on sort à proximité de chez soi, on garde les habits que l’on porte chez soi.

Ils s’étonnaient que je déjeune dans un boui-boui sur le trottoir. J’aimerais déjeuner dans des restaurants gastronomiques mais, pour manger, il n’y a pas plus proche de chez moi que ce boui-boui.

Ils s’étonnaient que je marche dans la rue. Mais je ne vais tout de même pas prendre ma bicyclette pour parcourir moins de 100 mètres !

Ils s’étonnaient que je me trouve dans une zone urbaine poussiéreuse, boueuse, désordonnée, non entretenue, mal aménagée. Alors j’ai publié une vidéo expliquant mon choix de vie :

Réponse à la vidéo me montrant dans une déchéance supposée

Bref, les commentateurs s’étonnaient que l’humoriste de la télévision soit tombé dans la déchéance.

Ainsi j’ai expliqué qu’en tant que chrétien je voulais vivre au côté des gens simples, concrètement au milieu des ouvrier du secteur textile. Riche ou pauvre, en vivant proche des petits, on bâtit une paix véritable. La presse a résumé que j’aimais vivre humblement. Honnêtement, je préfèrerais vivre dans le luxe, l’opulence et le faste. Mais je pense que vivre simplement sans se séparer du peuple construit le règne de Dieu.

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Nouvelle cité, même ambition missionnaire

Pour cause de destruction, j’ai dû quitter ma cité ouvrière pour une autre. Pour autant mon désir de vivre l’Evangile au milieu des ouvriers reste inchangé.

Visite guidée de la cité

Je me souviens de la construction de cette cité ouvrière en 2016. C’était un étang dans lequel les marchands jetaient leurs déchets. L’implantation de ce marché permanent n’est pas autorisée. Il est installé sur les trottoirs et sur la chaussée. Il n’y a donc pas de collecte publique des ordures. L’étang a été remblayé par le nouveau propriétaire qui a fait construire la cité sur une partie du remblai.

Maintenant quand il pleut, la rue est inondée mais pas la cité qui est un mètre plus haut. En arrivant, j’ai restauré mon studio. En tout, j’ai percé 115 trous dans les murs 👷🏽‍♂️ Un voisin qui était déjà mon voisin dans l’autre cité a répondu à une voisine qui s’étonnait des travaux que j’entreprenais dans mon studio : « Il aime l’esthétique et la propreté. »

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AsseZoné #209 été 2022

La Jeunesse Ouvrière Chrétienne de France recommande mon livre dans son périodique.

AsseZoné #209 été 2022

Ce livre est un témoignage extraordinaire à plusieurs égards. D’abord, il raconte la face cachée de l’Asie, un continent qui fascine les Européens pour ses coutumes, sa spirituali- té et sa destination touristique, mais qui est aussi l’usine du monde. C’est aussi l’illustration d’une manière d’être chrétien dans le monde, l’humilité, la prudence et le don de sa vie. Comment le Saint-Esprit agit-il parmi les millions de travailleurs qui produisent des vêtements vendus en Occident au détriment de leur santé ?

Extrait de la recension

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L’installation (8)

Pour donner une idée de ce à quoi ressemble ma cité, dès 2009, j’ai réalisé une courte vidéo.

Visite guidée

Pourtant cette cité bâtie de plain-pied d’a minima quatre mille personnes dispose d’un gardien à chacune des trois portes qui donnent sur la rue. Deux autres offrent un accès direct à des usines d’habillement. Et enfin, les deux dernières portes ouvrent directement sur le marché. Le propriétaire n’est autre que celui de l’usine de métallurgie de transformation adjacente mais pour y résider, nul besoin d’être membre de son personnel. Cependant ce dernier assura lui-même la construction des studios grâce aux matériaux produits en interne : poutres métalliques, tôle, portes, volets, grilles, escaliers.

Extrait du livre
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L’installation (7)

 Au contact des Cambodgiens j’apprends :

  • à me réjouir de choses simples du quotidien ;
  • à donner de l’importance à la rencontre, à la relation ; 
  • à habiter le présent, à le savourer ;
  • à être plus Marie que Marthe ;
  • à ne pas être trop dans l’exigence, jusqu’à en oublier l’indulgence ; 
  • à aller au-delà de la colère ou autre sentiment destructeur fugace ; 
  • à donner plus d’importance à la façon dont ce que je dis sera pris qu’à la façon dont je voudrais l’exprimer ;
  • à ne pas faire de procès d’intention, à être bienveillant à l’égard de mon prochain.
Festival des jeunes travailleurs

Le Service de Coopération au Développement, qui avait reçu ma candidature pour le volontariat international, ne m’avait proposé qu’une seule mission : « Vous êtes graphiste ? s’était inquiétée la coordinatrice. Il ne sera pas aisé de vous trouver un poste. » Le Centre Culturel Catholique Cambodgien cherchait une personne capable de former un de ses employés à la mise en page des livres. On me proposa d’être cette personne. Cependant, arrivé en Asie du Sud-Est, ma surprise fut grande de constater que quelqu’un occupait déjà cette fonction… L’appel était probablement ailleurs. Connaissant mon parcours, le vicaire apostolique de Phnom Penh m’incita à m’intéresser à la situation des ouvriers de l’habillement qui formaient une population encore nouvelle. La fille de la famille qui m’accueillait travaillait à l’usine. Elle me fit rencontrer de nombreuses collègues pour des temps de partage sur leur vie. Finalement au bout de deux ans, cette dernière mission m’occupait à temps plein mais la durée prévue par mon contrat de volontariat était atteinte, il me fallait faire le chemin en sens inverse. Or mon sentiment était de ne pas être allé assez loin. L’expérience de tout avoir à apprendre, comme un enfant, avait été trop courte. Je n’étais pas encore un homme !

Extrait du livre
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L’installation (6)

Les 10 ans, jour pour jour, de mon arrivée au Cambodge fêtés avec de jeunes travailleurs dans le studio jaune de la cité aux toits bleus.

10 ans au Cambodge

Dix ans après son approbation jour pour jour, lors de la fête organisée pour marquer cet anniversaire, une voisine me fit une révélation. « Quand tu es arrivé, la police m’a demandé de collecter un maximum d’informations sur toi parce qu’elle te soupçonnait d’être un trafiquant de drogue. » Elle aurait évidemment été moins coopérative si la police lui avait expliqué qu’elle soupçonnait le locataire du studio adjacent au sien d’être un ami des ouvriers. Ainsi les premiers mois on me suivait, on m’espionnait, on enquêtait sur moi.

Extrait du livre
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L’installation (5)

Un nouveau marché ayant été bâti l’ancien fut converti en logements pour que de nouveaux ouvriers s’installent. Le nombre de studio atteint donc 845, ce qui fait de cette cité ouvrière la plus grande du pays.

Marché converti en logements
Marché converti en logements
Marché converti en logements

Il s’agit donc d’une pratique d’un autre âge. Et pourtant on a bien vu dans notre cité la police placer à la vue de tous une jeune femme accusée de vol puis lui faire faire le tour du marché avec tintamarre et carton noué autour du cou sur lequel on pouvait lire « ចោរ » [cao:], c’est à dire voleuse, en dessous de son nom.

Extrait du livre
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L’installation (4)

Installation du nouveau marché de la cité. Un parc industriel qui accueille des logements pour ouvriers doit nécessairement fournir également l’accès à un marché.

Nouveau marché
Nouveau marché
Nouveau marché
Nouveau marché

Pourtant cette cité bâtie de plain pied d’à minima quatre mille personnes dispose d’un gardien à chacune des trois portes qui donnent sur la rue. Deux autres offrent un accès direct à des usines d’habillement. Et enfin les deux dernières portes ouvrent directement sur le marché. Le propriétaire n’est autre que celui de l’usine de métallurgie de transformation adjacente dont le personnel assura lui-même la construction des studios grâce aux matériaux produits en interne : poutres métalliques, tôle, portes, volets, grilles, escaliers.

Extrait du livre
Construction du nouveau marché
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L’installation (3)

avant / après

avant / après

Les couleurs étaient vives ce qui enthousiasmait les voisins. Cependant, en même temps, ils se demandaient « A quoi cela sert-il de tout repeindre ? Il n’est pas le propriétaire et quand il partira tout reviendra à un autre. » Mais pourquoi partir ? C’est pour la vie…

Extrait du livre